Toulon de a à z

1962 Toulon
Ce qui suit n'a été rendu possible que grâce à un agenda que j'ai partiellement tenu à jour, mais aussi grâce au courrier que j'adressais à mes parents et que ma mère a conservé.
avril
- 20 avril à 7 h, arrivée à Toulon, 1 km à porter mon sac et ma valise jusqu'à l'arsenal, embarquement sur le Lac Tonlé Sap, le bâtiment en carénage dans un bassin, la coursive étant impraticable à cause des travaux, l'accès au poste d'équipage se fait par le pont avec tout mon paquetage à descendre par une échelle, je me sens perdu dans ce nouvel environnement, l'accueil est sympathique,
- 22 avril, cinéma "Cartouche", c'est ma première sortie à terre, j'ai failli être sanctionné pour ne pas m'être présenté à l'inspection de la tenue avant de quitter le bord, je n'avais pas été prévenu,
- 24 avril, démontage et remontage d'un compresseur,
- 25 avril, quart à la machine pour rodage des moteurs, relevés de températures de fond de piston, d'échappement et des pressions...
- 26 avril, mise en marche de la machine à 6 h,
- 27 avril, départ en permission, ma première,
mai
- 2 mai, retour de permission, voyage debout tout du long, j'ai vu l'académicien Marcel ACHARD à la gare de Lyon,
- 2 mai, appareillage de Toulon, nous avons longé la côte d'Azur,
- 3 mai, piqûre TABDT, exempté de travail pendant 48 h,
- 3 mai, essais en mer de 11 h à 17 h avec les ouvriers de l'arsenal à bord qui me regardaient travailler à roder des vannes sur le pont,
- 4 mai, essais en mer, mer agitée, bruits d'objets tombant dans la cuisine,
- 6 mai, baignade aux Sablettes,
- 7, 8, 9 et 10 mai, essais en mer,
- 9 mai, début du nettoyage de la cale dans des positions acrobatique parfois,
- 11 mai, peinture, départ en permission,
- 14 mai, retour de permission, nettoyage de la cale avec tous ses détritus, au moins 50 kg de déchets de toutes sortes retirés,
- 14 mai, essais en mer et peinture,
- jusqu'au 23 mai, préparation de la visite du contre amiral : nettoyage et peinture à la salle des machines de tout ce qui peut être peint, nettoyage de la cale, travail désagréable au possible, la cale contenant tout ce qu'il y a de plus sale, nettoyage suivi de peinture, le tout dans des positions inconfortables, ne sachant plus par moment comment sortir de ces situations, coincé dans les tuyauteries,
- 23 mai, visite à bord du contre amiral, étant le plus jeune mécano à bord, je dus suivre notre contre amiral durant toute sa visite à la salle des machines, le suivre avec un plateau en argent sur lequel étaient présentés des morceaux de coton, afin qu'il puisse s'essuyer les mains, nous avons eu droit à ses félicitations et pour récompense une bouteille de soda, en entrant à la machine, il m'a dit "bonjour !", j'étais tellement étonné que je n'ai pas répondu, la peinture est terminée, cela faisait des semaines que cela durait, tout à bord a été repeint, j'ai des traces de peinture partout, surtout sur le visage et sur le corps, la chienne Zouzou aussi.
- 28 mai, essais au Lazaret,
- 30 mai, retour au quai de l'artillerie,
juin
- 7 juin, au carré des officiers, passage devant le conseil d'avancement (couramment appelé "passage à la chambre"). Le Conseil d'avancement était composé: du commandant (président de conseil d'avancement), de l'officier en second, du capitaine d'armes et du chef de service. Les chefs de service étaient : le premier maître mécanicien pour les mécaniciens, les électriciens et les matelots équipage et sans spécialité travaillant dans la machine, le premier maître timonier pour les timoniers, radiotélégraphistes, détecteurs, manoeuvriers, commis aux vivres, cuisiniers et matelots équipage et sans spécialité travaillant sur le pont. Le personnel était apprécié sur deux critères notés chacun sur 20 (travail et conduite). Ce jour là il fallait revêtir la tenue n°1 c'est à dire le blanc complet. Les précisions précédentes ont été gentiment apportées par Henri POULIQUEN.
- 17 juin, balade à Porquerolles à la Tour Fondue et baignades,
- 18 juin, ravitaillement du Clemenceau à quai,
- 22 juin, départ en permission,
- 25 juin, retour de permission,
- 26 juin, appareillage de Toulon, mission au large des Îles d'Hyères et Porquerolles, baleinière à l'eau et baignade, passage devant le Levant,
- 28 juin, chargement d'essai de Kérosène au Lazaret pour tester les vannes,
- 29 juin, service par bordée,
juillet
- 6 juillet, appareillage de Toulon à 14 h (transport de matériel pour la Base Aéronavale d'Aspretto en baie d'Ajaccio),
- 7 juillet, arrivée à Ajaccio à 7 h,
- 9 juillet, appareillage d'Ajaccio à 15 h,
- 10 juillet, arrivée à Toulon, à 9 h,
- 16 juillet, appareillage de Toulon à 10 h,
- 17 juillet, arrivée à Ajaccio à 10 h,
- 18 juillet, appareillage d'Ajaccio à 7 h, arrêt à 10 h 30,
- 19 juillet, arrivée à Toulon à 8 h,
- 20 juillet, départ en permission,
- 23 juillet, retour de permission,
- 27 juillet, appareillage pour Porquerolles à 8 h, retour à Toulon à 12 h, il fait très chaud, l'eau des tanks à 32°,
- 30 juillet, appareillage de Toulon à 16 h (opération Armée - Jeunesse), transport de scouts marins,
- 31 juillet, arrivée à Ajaccio à 8 h,
- 31 juillet, appareillage d'Ajaccio à 16 h,
août
- 1 août, arrivée à Lazaret à 8 h,
- 4 août, ravitaillement du Clemenceau à quai,
- 4 août, départ en permission,
- 22 août, retour de permission après avoir passé quelques jours à Audierne avec mes parents,
- 23 août, nettoyage des silencieux d'échappements, le travail le plus sale à bord,
- 24 août, ravitaillement du Clemenceau à quai,
- 28 août, hospitalisation à l'hôpital Sainte-Anne au pavillon Rochard pour des problèmes de sinus,
septembre
- 6 septembre, sortie de l'hôpital Sainte-Anne,
- 10 septembre, ravitaillement du Clemenceau à quai,
- 11 septembre, retour au quai de l'artillerie,
- 14 septembre, départ en permission,
- 17 septembre, retour de permission,
- 22 septembre, en sortant dans Toulon j'ai rencontré un copain d'école CHAILLEUX, il est sur le Clemenceau comme dessinateur,
- 25 septembre, sortie en mer de 4 h à 19 h, sous la pluie à ouvrir et fermer des vannes,
- 26 septembre, passage du Brevet Élémentaire sur le cuirassier Montcalm (qui était à l'époque à côté du cuirassier Jean Bart à proximité du quai d'honneur donc visible du quai Cronstadt), 6 questions posées :
• quels sont les cycles du moteur deux temps
• dessiner le circuit d'allumage de mazout d'une chaudière
• dessiner une turbine basse-pression
• quelles sont les causes de fumées bleue, blanche et noire d'un moteur diesel
• quelle est la cause d'une chute de vide dans une turbine
• quelle est la cause de la concentration dans une chaudière,
j'ai bien répondu aux 4 premières questions, aucune réponse pour les 2 dernières, je n'avais pas étudié ces sujets,
octobre

- 3 octobre, appareillage de Toulon à 18 h,
- 5 octobre, passage devant les Baléares en vue de 6 h à 10 h,
- 6 octobre, arrivée à Mers El-Kébir en matinée après 60 h de traversée,
- 9 octobre, appareillage de Mers El-Kébir,
- 9 au 11 octobre : participation à l'exercice national "Linois", exercice de protection d'un convoi Algérie-France, (accident entre deux escorteurs "Le Lorrain" F768 et "Le Béarnais" F775 qui s'abordent, bilan deux tués ?), j'ai vu l'un des deux quelques jours plus tard amarré à quai à Castigneau, l'étrave était déchiré on voyait le poste des équipages, les deux bâtiments se sont abordés, bilan deux tués ?, retour à 6 nœuds, éclairage rouge soit disant pour exercice atomique, cette atmosphère est très particulière, on perd la notion du temps, de l'orientation,
- 11 octobre, arrivée au Lazaret, très fatigué par les quart à la mer,
- 12 octobre, ravitaillement du Clemenceau à quai en TR5,
- 13 octobre, je suis reçu au Brevet Élémentaire,
- 14 octobre, de service de vedette, sous la pluie, trempé jusqu'aux os, fatigué depuis 15 jours à raison de 5 heures de sommeil en moyenne par nuit, arrivé d'un nouveau cuisinier nommé FIARD, en mer malgré le mal de mer pour certains, au menu : lard aux lentilles,
- 15 octobre, retour au quai de l'artillerie,
- 16 octobre, pour avoir oublié un vêtement sur ma bannette je suis de quart à la coupée, de 0 h à 4 h, le quart le plus dur, après ces moments difficiles passés en mer, au cours du quart ayant froid et étant fatigué je me suis endormi à l'intérieur du bâtiment enveloppé dans le drapeau tricolore pour lutter contre le froid, au réveil, plus de ceinturons contenant les munitions, soit disant c'est un gendarme maritime qui me l'a pris, je ne crois pas cette version car le chien "Gaston" qui me suis partout ne peut pas les voir, il aurait aboyé, c'est l'officier marinier qui a fait le coup, je "bénéficie" donc de 10 jours de prison à bord, en fait je suis consigné pour cette période à bord,
- 22 novembre, essais en rade de Toulon,
- 29 octobre, doublement de la garde, c'était pour la mort du pape de Jean XXIII

novembre
- 2 novembre, ravitaillement en mer de l'escorteur d'escadre le "La Bourdonnais",
- 8 novembre, appareillage de Toulon à 18 h,
- 9 novembre, arrivée à Ajaccio à 12 h,
- 12 novembre, appareillage d'Ajaccio à 6 h, avec à bord des allemands et des nordistes de la Légion Étrangère, il y eu la tempête, le poste des équipages était plein de dégueulis, je trouve un légionnaire dans ma bannette, il parait que certains d'entre eux étaient dans les SS, c'est peut être l'un d'eux qui m'a jeté de mon berceau à l'âge 2 ans en venant arrêter mon père le 6 avril 1944,
- 13 novembre, arrivée à Toulon à 0 h,
- 22 novembre, essais en rade de Toulon de palier, sans doute celui qui avait grillé en mer entre la Corse et Toulon, le palier tribord d'arbre porte hélice,
- 26 novembre, REYRAULT, mécanicien s'est levé à 5 h du matin pour nous faire des croissants au chocolat, pris au lit, au repas de midi nous avons eu huîtres, escalopes panées, frites, salade d'endives et un gâteau, tout cela à volonté, j'ai tellement mangé que le soir je n'ai rien pris au dîner, presque tous les dimanches à bord cela se passait ainsi, le repas était suivi d'une sieste,
décembre

- 7 décembre, départ en permission,
- 10 décembre, retour de permission, j'ai dormi allongé dans le couloir du wagon,
- 14 décembre, sortie en mer au large de Cassis,
- 25 décembre, Noël à bord, pour cadeau du bord, un porte cartes, nous avons mangé et bu à volonté, certains ont été malades, un des copains est allé se coucher après l'apéro il avait bu un verre de Ricard pur, d'autres le matin étaient coincés dans les WC à vomir, d'autres avaient vomi dans leur bannette, l'odeur le matin !
- 28 décembre, départ en permission,

4040
1963 Toulon
janvier

- 8 janvier, retour de permission et engueulade pour un retard d'une demie heure, sanction 8 jours de consigne à bord, le commandant m'annonce à mon grand étonnement que je suis proposé au grade de quartier maître 2ème classe,

février
- 1er février, départ en permission,
- 4 février, retour de permission,
- début février, 10 jours passés au large de Cassis pour servir de point de repère aux Mirage de l'armée de l'air,
- 10 février, j'ai travaillé pour le commandant à mettre au propre l'écusson de Lac Tonlé Sap en bronze brut de fonderie, il fallait le polir et l'astiquer, il m'a offert une bouteille de Pernod,
- 12 février, balade avec un copain au Carnaval de Nice, 9 h de trajet pour le retour en auto stop,
- 16 février, départ en permission,
- 17 février, retour de permission,
mars
- 1er mars, départ en permission,
- 4 mars, retour de permission,
- 12 mars, en bassin pour une semaine, révision des moteurs,
- 16 mars, départ en permission, promenade à Cannes avec un copain, promenade dans la journée, en soirée, passant devant le casino en tenue de marin, nous avons été invités en entrer gratuitement, le prix de l'entrée était de 2000NF, il y avait Johnny HALLIDAY, beaucoup de personnes agrées en smoking et tenue de soirée, nous avons passé une bonne soirée,
- 17 mars, retour de permission,
- 18 mars, départ en permission,
- 19 mars, retour de permission,
- 19 mars, sortie de bassin,
- 21 mars, rappel TABDT,
- 22 mars, ravitaillement du Clemenceau à quai,
- 26 mars, appareillage de Toulon,
- 27 mars, arrivée à Ajaccio,
- 29 mars, appareillage d'Ajaccio,
- 30 mars, retour à Toulon au quai de l'artillerie,
avril
- RAS
mai
- appareillage de Toulon,
- arrivée à Siddi Abdallah près de Bizerte en Tunisie pour récupération d'hydrocarbures,
- appareillage de Siddi Abdallah,
- arrivée à Toulon,
- 11 mai, départ en permission,
- 12 mai, retour de permission,
juin
- 1er juin, départ en permission,
- 4 juin, retour de permission,
- 15 juin, mission à Bandol,
juillet
- 11 juillet, appareillage de Toulon,
- 12 juillet, arrivée à Ajaccio,
- 14 juillet, avec des camarades en camionnette nous sommes allés au golfe de Lava, 13 km au nord d'Ajaccio, nous avons plongé avec des bouteilles et le scaphandre Cousteau, mon remplaçant est arrivé, il est de Paris, travaille chez Chausson, possède un CAP outils à découper et à emboutir,
- 16 juillet, retour à Toulon au quai de l'artillerie, c'est ma dernière mission à bord du Lac Tonlé Sap,
août
- 2 août, départ en permission,
- 14 août, retour de permission, après avoir passé avec mes parents quelques jours à l'Ile-de-Ré,
- 30 août, libération des obligations militaires, retour au foyer et dans la vie active, je laisse de bons camarades : Roger BARILLON, Elie LE LEUCH, Roger AICARDI, Yves BOURDIN, André NEIRYNCK, Pierre PASQUIOU...

bilan des principales missions

- une mission à Mers El-Kébir près d'Oran en Algérie, en novembre 1962, dans le cadre de l'opération "Linois",
- une mission à Siddi Abdallah près de Bizerte en Tunisie, en mai 1963,
- six missions en Corse les : 6 juillet 1962, 17 juillet 1962, 31 juillet 1962, 9 novembre 1962, 27 mars 1963, 12 juillet 1963,
- une mission à Port-Saint-Louis-du-Rhône pour récupérer du TR5,

- une mission de 10 jours au large de Cassis, février 1963,
- diverses missions sur les côtes du Var et des Bouches-du-Rhône (Cap de l'Aigle, Cassis, Les Lecques, îles d'Hyères, îles de Lérins près de Cannes...

- au cours des rotations sur la Corse, nous avons :
• effectué un tour complet de l'île, avec mouillage dans le golfe de Porto Vecchio,
• passé les Bouches de Bonifacio un jour de grosse mer,
• fait escale ou mouillé à Calvi, île Rousse, Cap Corse, Bonifacio,
• passé près de l'île de Monte-Christo entre la Corse et l'Italie,
• vu le Monte Cinto enneigé,
• vu les îles Sanguinaires,
• passé le 14 juillet 1963 à Ajaccio pendant une période d'élections, nous étions consignés à bord, en ville après le résultat du vote, des coups de feu ont été tirés en l'air,
• effectué une plongée avec les bouteilles du bord dans le golfe de Lava à 13 km au nord d'Ajaccio, encadré par GOUGE canonnier à bord, plongeur confirmé,
• transporté la musique de la Légion Étrangère à Calvi,
• transporté des scouts marins à Ajaccio.


anecdotes en vrac sur Toulon

- à bord il y avait un algérien originaire de Mostaganem, de retour de permission, il est revenu avec un tampon de l'OAS sur sa carte d'identité,

- la discipline à bord du Lac Tonlé Sap était assez souple, le commandant était tolérant et arrangeant, il n'hésitait pas à nous faire des plaisirs de temps en temps, baleinière à l'eau pour descendre à Les Lecques à côté de La Ciotat lorsque nous étions au large, baignade en pleine Méditerranée, baleinière pour aller nous baigner au Mourillon, permissions attribuées avec largesse...

- le capitaine d'armes avait pour habitude de nous réveiller le matin en manoeuvrant un taquet de fermeture de porte étanche contre un tuyau faisant ainsi un vacarme épouvantable, un collègue a badigeonné le taquet avec de la moutarde, nous avons été par la suite plus tranquille pour nous réveiller moins brutalement,

- les premiers jours à bord, il y a des habitudes et des précautions à prendre, personne n'a pu oublier ces fameuses portes étanches sur lesquelles nous nous rabotions les tibias,

- les levées des couleurs sur les petites unités se faisaient de façon moins académiques, une petite vedette amarrée près de nous n'avait pas levé les couleurs un bon moment après l'heure définie, nous avons téléphoné à son bord en se faisant passer pour la préfecture maritime qui est juste à côté de la porte principale, un matelot est sorti à toute vitesse de l'intérieur de la vedette pour régler le problème,

- lors d'un ravitaillement du Clemenceau à Milhaut, j'ai été déposé avec la baleinière sur un caisson accouplé au porte avion dans le but d'aider à la manœuvre, notre bâtiment a heurté légèrement le caisson qui a pris une forte gîte, j'ai cru que j'allais devoir sauter dans l'eau, habillé avec des vêtements de protection contre la pluie je ne serais pas aller loin,

- il m'est arrivé lors d'un exercice incendie de porter la combinaison en amiante, avec en dessous des vêtements de laine, un masque aussi dont une partie en mica devait permettre de voir clair, il y faisait une chaleur épouvantable, un vrai sauna, normalement cette combinaison était prévue pour pénétrer dans le feu,

- en mer, par mer forte, l'hélice sortait de l'eau, le poste d'équipage se situant au dessus, cela entraînait de grosses vibrations,

- j'ai eu à astiquer toutes sortes de pièces en bronze avec du naol (produit à faire les cuivres), les hublots, les lettres formant Lac Tonlé Sap à l'arrière du bâtiment, "Valeur et Discipline" (à l'avant), "Honneur et Patrie" (sur la passerelle), les surbaux, sortes de portes refermant les ballasts, d'un diamètre de près d'un mètre avec ses 10 taquets de fermeture, les taquets de fermeture de portes étanches, divers appareillages à la machine,

- le soir, au quai de l'Artillerie à Toulon, nous restions peu nombreux à bord, le tiers de l'équipage, les Marseillais et Toulonnais rentraient chez eux tous les soirs, les soirées se passaient à jouer aux cartes, aller en ville au cinéma ou profiter du beau temps pour se baigner, nous écoutions aussi la radio, faisions notre lessive et notre repassage, écriture du courrier... il était impossible d'étudier sérieusement à cause du bruit, à l'époque pas de télévision, pas de téléphone, pas d'internet, pas de jeux vidéo,

- les 3 pièces de 20 mm étaient protégées par un carénage circulaire appelé barbette de 4 mètres de diamètre et de 80 cm de haut environ, lors du service de la journée, il nous arrivait de nous cacher dans cet espace tranquille et souvent ensoleillé, son accès se faisait par une échelle, on entendait le bidel passer à côté et nous appeler,

- j'ai été fortement impressionné par la maîtrise professionnelle de certains inscrits maritimes, tel Roger BARILLON manœuvrant le petit youyou du bord avec une aisance déconcertante, tel Elie LE LEUCH, en mer perché en haut de mât à peindre, faisant le tour du bâtiment sur la ceinture de protection de la coque,

- les peintures étaient stockées dans un local à l'avant, sans doute des centaines de litres, de retour au quai de l'Artillerie après avoir subit une mer agitée, les pots mal arrimés étaient mélangés pèle mêle éventrés, ce fut un spectacle inoubliable, les boscos peuvent en témoigner,

- pour avoir eu l'occasion de voir le puits à chaînes (local renfermant les chaînes de l'ancre), je fus impressionné par ce tas de chaînes mais aussi par l'aspect peu engageant, car très sale, la chaîne remontant avec elle suivant l'endroit où elle avait été déposée toutes sortes de saletés,

- le matin du 1er janvier 1963, l'officier de garde quittant son service cherche son vélo partout et ne le trouve pas. Il finit par regarder la passerelle et voit son vélo hissé dans la mature. il va le décrocher et trouve sur le guidon cet écriteau : "J'en ai marre de porter cet homme là, je me pends". Comme on s'en doute, il prend la chose assez mal. En se rendant compte qu'il a mal agit, le coupable présente ses excuses le lendemain. La seule punition qu'il eu, c'est une remontrance, comme quoi, faute avouée est souvent pardonnée.

- j'ai trouvé un jour, alors que nous étions en mer, posé sur ma bannette l'ouvrage de Karl MARX et de Friedrich ENGELS "Le Manifeste du Parti Communiste", je n'ai jamais su qui l'avait déposé, toujours est-il que je l'ai lu en cachette pendant mon quart à la machine. Je savais que ce type d'ouvrage était interdit à l'armée (tout comme le journal "L'HUMANITÉ" et l'illustré "PIF LE CHIEN" et quelques autres journaux). Une autre fois c'est le journal local du Parti Communiste Français que j'ai trouvé, je crois qu'il s'appelait "Le Petit Varois". Était-ce une provocation ? Il est vrai qu'à plusieurs reprises nous avions discuté à bord des événements d'Algérie on appelait cela à l'époque une Opération de Maintien de l'Ordre. Je n'avais pas caché mon hostilité à cette guerre coloniale et estimait justifié le combat mené par les algériens pour leur indépendance.


les camarades que j'ai revu depuis 1963
• Roger BARILLON, entre 1963 et 1970, Roger ne manquait pas une occasion de me rendre visite lors de ses escales à Paris (étant marin de commerce), il passait généralement une nuit à la maison lorsque je demeurais à Colombes. Je suis à plusieurs reprises aller le voir à L'Epine en Noirmoutier dans sa maison derrière une dune à proximité de l'océan. Il m'avait emmené sur l'océan à bord de son voilier faire un petit tour.
• Elie LE LEUCH, il était venu me voir à Lannion avec sa petite famille, nous entretenons des liens d'amitiés, ma dernière visite chez lui à Plouhinec date du début août 2005 pour lui présenter ce site.
• Pierre STEPHAN, marin pêcheur au Croisic, vers 1965, j'ai passé une journée en mer à bord de son chalutier.
• Claude FERRÉ, je suis passé le voir chez lui à Sartrouville en 1963/1964.
• Yves BOURDIN, un soir de sortie vers 1970 avec des camarades, place de l'Opéra à Paris nous nous sommes croisés par hasard.

• J'ai rencontré aussi par hasard Gaston LAMOUREUX, le capitaine d'armes, le bidel, sur le bac Royan - Le Verdon, cela devait être en 1990, il demeurait à Hourtin.


Avec Henri SAUCIAN, Jean TRAPANI, Henri POULIQUEN, Roger AICARDI, Bernard FRANDJI et Georges GUINET nous avons partagé un repas au mois de novembre 2008 au parc Borelli à Marseille. Ce furent des moments de forte émotion, 46 ans après s'être quittés au Quai de l'Artillerie à Toulon.

41 années après retour à Toulon
- pour être retourné à Toulon en novembre 2004, après 41 années d'absence, mon étonnement le plus grand fut de n'avoir vu au cours des deux jours passés aucun militaire en tenue de matelot ou quartier maître, il parait qu'il n'est pas conseillé de sortir de l'arsenal en tenue militaire à certaines heures et dans certains endroits de crainte de se faire agresser, j'ai trouvé le quai Cronstadt assez triste alors qu'autrefois il était si animé,

- j'espérais en retournant à Toulon pouvoir visiter l'arsenal, en particulier le quai de l'Artillerie, grosse déception, car l'arsenal est interdit à toute visite, j'ai voulu me rabattre sur la prise de photos à travers les grilles de la porte principale, nouvelle déception, une pancarte accrochée à ces grilles et aperçue au dernier moment spécifiait : "il interdit de prendre des photos", je suis alors monté à mi côte sur le Mont-Faron et de là j'ai pu faire de belles prises de vue, pas tout à satisfait, je me suis payé la visite de la rade en vedette, photographiant sans retenue, puisque autorisé Le Clemenceau en désamiantage, Le Charles De Gaulle au quai Milhaud, le quai de l'Artillerie de loin, quelques unes de ces photos figurent d'ailleurs dans ces pages.